vendredi 18 juillet 2008

Nelly

La lune chafouine pendule sur le plateau désert encornudé d'arbres morts griffonant le ciel vert de gris de leurs mains fourchinesques et squelettiformes. Nelly fantôme laiteux dans la croisée quadrillagée regarde les épaules et le dos meurtris d'hématomes bleuissants elle hésite la main crispée sur l'espagnolette. Trois étages la séparent du sol durci par le gel. Un pas sourd et régulier cadence sur les dalles de pierre du rez-de-chaussée tandis qu'elle volplane dans la mémoire ensorceleuse des souvenirs fluorescents, chaleur, tendresse et lumière. C'était hier... Demain elle partira...

L'heure a sonné des équations, de la syntaxe et de l'english spoken. Sagement figée sur sa chaise anonyme elle entend dans le bourdonnement studieux le cri informulé de la vie prisonnière... Jour après jour de punitions en mauvaises notes, elle a souri, tenu tête sans larmes et sans colère. Une fois il est venu, lui, le père, on l'avait appelé. Gigantesque, caparaçonné dans son bon droit le bras dressé, vengeur, menaçant, prêt à frapper de nouveau. Nelly n'a rien dit, c'est là sa meilleure performance. Et le film déroule ses images au ralenti, tombent les sentences couperet qui étincellent la glace dans la tiédeur du bureau? Nelly refuse tout, la marâtre dévouée, les demi-frères modèles, conformoulés béatifiants, l'éloignement puriforme dans les montagnes solinoires du terroir paternel. Lignage vomi révolte muette Nelly résiste, Nelly déçoit, Nelly devra céder, obéir...

Simulation ou patience l'accalmie a duré quelques mois jusqu'au soir où elle n'est pas rentrée. Des heures de stupeur angoissées, conciliabules murmurés, confidences avortées, feintes ignorances, parcellaires informations en miettes accordées. Les indices sont vagues, imprécis lueurs vacillantes dans la nuit gorgée d'eau. La route morcelée dans la clarté des phares n'en finit pas de luire, virage après virage jusqu'au hameau proximitoire. Je glane aux portes entrebaillées sur le ruissellement glacé les signes aléatoires d'un tracé victorieux. La dernière porte enfin éclaire d'huile pâle une scène idyllique. Une famille simple dans le rond de lumière de la lampe centrale mange la soupe du soir. Silence paisible à peine entrecoupé par le raclement des cuillers au fond des assièttes. Nelly est là, a peine un sursaut, immobile et vaincue elle me regarde, les mots caracolent superflus, raisons données, raison perdue effilochent le temps de la halte suspendue, il faut rentrer. Les jours s'enchaînent maille à maille, écharpe monotone que l'on ne regarde pas, promesses trahies, fil rompu la faille soudain, inadvertance, innattention sans y songer vraiment le juge est là. Les mots carrés, la raison du plus fort et les droits du plus faible, mesure de sauvegarde, protection des mineurs... Les foyers...La galère. Nelly, colis posé à quai attend, provocation multicellée, aller retour, boomerang inexorable, une maille à l'endroit une maille à l'envers,trois diminutions j'étouffe, Nelly sourit, accumule les mauvaises notes et passent les jours, défilent les semaines jusqu'aux vacances enfin, soupir solaire qui bercemeille les arias. Mais la déclinaison estivale ne ramènera pas cette année la jeune Nelly....

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Pauvre petite Nelly!
Le monde est rempli de petites Nelly
Amicalement

vincent a dit…

Magnifique!!! J'adore tes mots venus d'un autre monde. Mais ce texte évoque-t-il une histoire réelle?